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8 novembre 2014 6 08 /11 /novembre /2014 16:01
Les auteurs de SFFFH français ont du talent (2)

"Sourtha" est le premier tome du cycle "Voyages en Orobolan", d'après le conte et l'univers de Mestr Tom. Dans le cadre de l'opération "les auteurs de SFFFH français ont du talent" je vous en ai déjà proposé un extrait le 1er novembre. Comme promis, en voici un deuxième... N'hésitez pas à le commenter!

Le niveau dévolu aux expériences des savants qui travaillaient à la conception de nouvelles entités connus par le commun des Elios et des Belladones sous l’appellation de « monstres » était constitué d’une grande salle garnie de multiples étagères qui croulaient sous le poids d’une collection mirifique de fioles, d’alambics, de cornues, d’éprouvettes et de bocaux étiquetés selon un classement de prime abord incohérent. Les produits qu’ils contenaient étaient innombrables. Des liquides de toutes les teintes remplissaient les flacons ; parfois, ces couleurs étaient inconnues des jeunes gens, qui se trouvèrent mal à l’aise devant de telles aberrations chromatiques. Elénia frissonna lorsqu’elle découvrit les serpents que renfermaient un pot en verre. Elle adorait quasiment toutes les créatures du règne animal, mais les ophidiens l’effrayaient terriblement.

Au centre la pièce, se dressaient deux énormes bureaux aux allures improbables. Taillés dans des blocs de ce qui semblait être un alliage de cristal et de métal, ils paraissaient conçus pour des êtres différents des habitants de Sourtha. Peut-être en raison de leurs dimensions. Peut-être en raison de leurs angles. C’était difficile à dire, surtout pour des enfants. Sur l’un d’eux, étaient disposés plusieurs fioles, un chaudron et des cornues. Le deuxième, qui était finement ciselé et laissait entrevoir par endroit des sortes de géodes enchâssées au sein de sa masse, supportait une pile de parchemins apparemment bien classés.

Elénia entreprit de chercher dans les manuscrits une recette permettant de créer un monstre, sans succès.

Mogdolan et Tholl, eux, passèrent en revue les étagères, et découvrirent bien vite une alcôve qui faisait office de bibliothèque, ou bien de rangement pour des archives : de nombreux grimoires et autres documents calligraphiés y étaient consignés. Ils se mirent en quête de la fameuse formule.

En vain.

Au bout d’un long moment de recherche, des dizaines de papiers étaient éparpillés sur le sol, et quelques flacons avaient été brisés par inadvertance. Et les enfants n’avaient toujours rien trouvé.

« Cela fait des siècles que nous cherchons », déclara Tholl, découragé. « Le parchemin doit se trouver ailleurs.

- N’exagérons rien », le tempéra Elénia. « Cela fait seulement deux heures que nous sommes ici. Tu ne t’attendais tout de même pas à ce que nous le trouvions en claquant des doigts ?

- Deux heures… Ah bon ? Je pensais que l’aube allait se lever. C’est qu’il faudrait avoir quitté les lieux avant le lever du soleil, sans quoi les savants nous découvrirons. Et alors, nous risquons de sacrément nous faire réprimander !

- Nous avons encore du temps. Tiens ! Je crois que j’ai trouvé quelque chose. En tout cas c’est étrange…

- Etrange ? Tu veux dire, comme tout le reste de cette tour ? », la taquina-t-il. Qu’est-ce que tu as trouvé ?

- Regardez, ce dessin, là, on dirait qu’il représente une machine servant à transformer des monstres en fluides.

- Sauf que le flux magique est plutôt bleu-vert, et tu le sais aussi bien que moi ! », s’emporta Tholl, pris d’une impatience grandissante en considérant la gravure qui ornait le parchemin que lui tendait Elénia. « Ce fluide-là est noir !

- C’est certainement un nouveau produit, alors… et je n’ai aucune idée de sa raison d’être. En fait, je ne savais même pas que le fluide magique pouvait avoir une autre couleur que celle que j’ai étudié : le turquoize.

Pendant ce temps, Mogdolan, que tout ce qui concernait les monstres effrayait, de près ou de loin, retourna vers l’alcôve. Et pendant que les deux adolescents continuaient de philosopher sur la couleur que doit avoir un fluide afin de donner la vie à une créature dont, au fond, ils n’avaient aucune idée précise, tout en haussant le ton, à la limite de la querelle, la petite fille trouva quelque chose…

Elle revint vers eux, un sourire malicieux au coin des lèvres et un parchemin à la main.

Tholl la houspilla :

« Mogdie, nom de nom, ne prends pas un parchemin ainsi, si on ne le remet pas exactement à sa place, ça ira mal pour nous !

- Oui, mais je crois que c’est la recette… et puis de toute façon il va falloir ranger tout ça », ajouta-t-elle en désignant le capharnaüm dont ils étaient responsables. « Vous avez mis des papiers partout. »

Tholl prit le document qu’elle lui tendait. Il s’agissait d’une vieille feuille, apparemment arrachée d’un livre si l’on en jugeait pas le côté dentelé qui en délimitait la longueur. Des écritures en pattes de mouches encadraient un dessin complexe, qui représentaient différents objets.

Le jeune homme, qui avait déjà assisté à quelques préparations de philtres confectionnés par son père, opina du chef. Il n’avait strictement aucune idée de la pertinence de cette formule, mais refusait de rester plus longtemps dans cette satanée tour. Et puis il savait une chose : c’est qu’il était tout à fait capable de réaliser la recette décrite dans ce parchemin. Il était temps d’en finir avec cette sortie nocturne. Ils avaient pris des risques en venant jusqu’ici, mais il ne souhaitait pas en prendre plus en se faisant surprendre lorsque les savants reviendraient à leur poste de travail. Le courroux de son père serait terrible s’il apprenait son escapade nocturne !

Alors Tholl alluma un feu sous le chaudron, sous le regard amoureux de Mogdolan qui était émerveillée de le voir créer des flammeroles à l’aide des courants magiques. Après quoi, tandis qu’il récitait quelque formule visant à alimenter les flammes, il chargea les filles de rassembler tous les ingrédients nécessaires. Elles s’acquittèrent consciencieusement de cette tâche, et rassemblèrent toute la matière première requise, grâce en soit rendue à l’étiquetage scrupuleux de chacun des récipients rangés sur les étagères, et à leur classement intelligemment pensé.

Au fur et à mesure que Mogdolan et Elénia apportaient les ingrédients, Tholl les versait dans le chaudron, et répétait encore la litanie qui permettait d’alimenter les flammes magiques nécessaire à la cuisson du savant mélange, sans aide de comburant et surtout sans crainte de laisser quelque trace, fut-elle olfactive ou visible. En effet, l’usage de la magie du feu garantissait une absence de fumée, puisque Tholl n’utilisait pas de bois comme combustible, et ne laisserait par là-même pas la moindre cendre dans l’atelier.

L’aube approchait, mais la longue liste d’ingrédients requis était presque complète.

« Voyons… », déclara Elénia en vérifiant la liste des composants. « Nous avons trouvé les ailes de corbeau, la poudre de crâne, les fleurs de moutarde… Il ne manque plus que le feu divin ! »

« Ca ressemble à quoi, le feu divin ? », demanda Mogdolan, que la curiosité et l’impatience maintenaient toujours éveillée et alerte.

« Nous n’allons pas tarder à le savoir », lui répondit tout de go Elénia. Elle venait en effet de découvrir un petit coffret d’argent dont le couvercle était estampillé d’une combinaison de glyphes dont la traduction ne pouvait être que « Feu divin ».

Elle ouvrit la boîte. Au fond de celle-ci, ne restait qu’une unique fiole minuscule, contenant un liquide rougeoyant, mais qui ne semblait dégager aucune chaleur.

« Il n’en reste qu’un seul. Cela signifie que si on l’utilise, cela se verra… », déclara la jeune prêtresse.

« Oui, tu as raison », répondit Tholl, à la fois inquiet et exaspéré d’avoir fait tout ça pour arrêter si prêt du but.

« Mais je n’aurai pas de grand frère, alors ? », gémit Mogdolan.

« Si », lui répondit Tholl d’un ton grave. « Tu auras un grand frère, mais tu auras également une belle punition. Et nous aussi ! Nous avons fait une grosse bêtise en venant ici. A présent, il faut se dépêcher, l’aube approche, et Abadon, le Patriarche de la Tour risque de revenir d’un moment à l’autre, sans compter tous les savants qui travaillent ici et qui ne vont pas tarder, eux aussi, à rappliquer…

- Oui », renchérit Elénia, « Nous allons devoir nous hâter de tout remettre en place, avant de partir. Désolé, Mogdie, mais là, c’est trop dangereux. »

Mogdolan foudroya du regard le fluide rougeâtre au fond du coffret :

« Mais… Si on en prend juste un petit peu ? La recette, elle est sûrement pour un très grand frère ? Moi, je veux juste un grand frère… pas trop grand. »

Désarçonnée par cette insistante et suppliante demande, Elénia dévisagea Tholl, cherchant du soutien, car elle ne savait plus que répondre à Mogdolan.

Tholl, lui, regardait Mogdolan, dubitatif et tiraillé entre son désir de quitter les lieux au plus vite et celui de lui faire plaisir. Finalement, il opta pour un compromis :

« Bon, Elénia, verse juste quelques gouttes de feu divin dans le chaudron. Fais attention à ne pas en faire tomber à côté… Voilà. Tu auras un petit frère, Mogdie. On le fera grandir plus tard… »

Elénia venait à peine de s’exécuter lorsque une secousse relativement violente ébranla la tour, faisant trembler les récipients rangés sur les étagères ; la moitié d’entre eux glissèrent et se brisèrent au sol avec un fracas épouvantable. On eut dit qu’un séisme venait de secouer l’édifice jusque dans ses fondations. Les enfants crurent leur dernière heure venue. La jeune prêtresse s’empressa de refermer le coffret et le rangea là où ses amis l’avaient déniché. Mogdolan était terrifiée, et se mit à pleurer à chaudes larmes. Tholl la prit dans sa bras, mais lui même n’était pas rassuré du tout.

Enfin, la vibration s’arrêta.

Tholl regarda à l’intérieur du chaudron, convaincu que le phénomène dont ils venaient de faire la cuisante expérience était lié, d’une façon ou d’une autre, à leur imprudence.

Le chaudron était vide.

Quelques traces noires, laissées par les braises du feu magique, avaient marqué le revêtement du bureau : de toute évidence, le jeune homme ne maîtrisait pas parfaitement la magie du feu…

Tholl restait interdit devant l’ampleur des dégâts. Mogdolan regardait de gauche et de droite, inquiète. Au sol, son regard se fixa avec incrédulité sur des ailes de chauve-souris qui nageaient dans une soupe composée du contenu de plusieurs bocaux, en compagnie d’une demi-douzaine d’yeux de tritons et de quelques queues de sprolgs. Quant à Elénia, elle fut rassurée par le fait que, visiblement, aucun récipient contenant des serpents ne s’était brisé.

« Alors ? Où il est, mon frère ? », demanda Mogdolan.

« Mogdie », répondit Tholl d’une voix désolé, « je crains que nous n’ayons fait une grosse bourde. Le tremblement de terre a presque tout détruit ici, et les autres étages ont certainement eux aussi subis des dégâts… Et toi, tu continues de quémander ton frère…

- Oui. Il est où ? Où est mon frère ?

- Elle a raison », déclara Elénia à Tholl d’une voix tragique. « Après ce que nous venons de faire, nous risquons de bientôt nous retrouver enfermés entre les quatre planches d’un cercueil. Autant que la petite soit avec son frère.

- Je ne suis pas petite. J’ai presque sept ans ! »

Tholl soupira profondément, et décida de prendre les choses en main :

« Bon. Si nous filons d’ici au plus vite, peut-être pouvons-nous encore espérer ne pas être pris », déclara-t-il.

« Où est mon frère ? », continua de pleurer la petite fille, désespérée.

Et, contre toute attente, une voix grave lui répondit :

« Je suis ici. »

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