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22 novembre 2014 6 22 /11 /novembre /2014 09:54
Les auteurs de SFFFH francophones ont du talent (4)

Voilà un quatrième extrait de "Sourtha", premier tome du cycle "Voyages en Orobolan"! Bonne lecture!

Certaines législations étaient injustes, et la Reine Nekheb comptait bien y remédier. Ainsi, elle édicta des lois qui allait à l’encontre de la coutume ancestrale du mariage forcé entre les Elios, qu’elle abhorrait très personnellement, et pour cause : n’avait-elle pas été mariée à un vieil homme à l’âge de huit ans ? Cette union avait fait d’elle une reine, mais elle y avait perdu l’un de ses biens les plus précieux…

Et puis il y avait Balimun.

Balimun, un simple garde, dont elle était tombée amoureuse.

Balimun, qui l’aimait en retour.

Mais selon les anciens textes, cet amour n’avait pas lieu d’être. En tant qu’impératrice, elle pouvait modifier le cours de l’avenir – le sien, bien sûr, mais également celui d’autres couples qui n’auraient désormais plus à s’aimer en secret – en abrogeant ou rénovant ces codes désuets.

Cependant, aussi grand était son pouvoir, aussi prudente devait-elle se montrer avec les prêtres et le Conseil, car les Patriarches des maisons Elios jouissaient d’un grande influence dans le système juridique et législatif de Sourtha, et adoptaient une position politique et sociale extrêmement conservatrice.

C’est ainsi qu’elle décida d’abaisser sensiblement leur pouvoir, par le biais de l’élaboration de textes supplémentaires. Mais c’en fut trop pour les dignitaires des maisons…

Dès lors, son destin fut scellé : car, méfiants, certains membres du Conseil – nul doute que sa mère faisait partie de ces éléments soupçonneux – firent espionner Nekheb par ses propres serviteurs.

Le secret de son amour pour Balimun fut rapidement découvert.

C’est en pleine nuit qu’ils furent pris en faute, alors qu’ils dormaient enlacés. Les gardes les tirèrent du lit sans autre forme de procès et les enfermèrent manu militari dans les geôles comme de vulgaires voleurs de bétail. Cette humiliation devait rester gravée dans la mémoire de Nekheb.

Le lendemain, les deux amoureux furent conduits devant les plénipotentiaires, qui les jugèrent et les condamnèrent : Balimun serait emmuré vivant dans les cryptes de la nécropole souterraine de Sourtha. Parmi les représentants du Conseil, Nekheb prit conscience qu’elle avait deux alliés. Et bien que leur soutien ne devait aucunement peser sur la suite des événements, elle se souviendrait à jamais de leur appui. Il s’agissait d’Abadon, le plus jeune des représentants Elios – il avait l’âge de Nekheb – patriarche de la Maison du Savoir, et de Dame Pandore qui, anticipant l’avenir avec une intelligence proche du don de prescience, ne voyait pas de gaité de cœur une nouvelle régence de Caliope

Quant à Nekheb, elle tomba en disgrâce : sa cruelle sentence fut ordonnée par le Conseil et mise en application par le Nécromant, la grande prêtresse de la vie et Gardienne du Fluide, Naïda, et sa propre mère, Dame Caliope. Ainsi, dut-elle abandonner son titre et ses fonctions, et fut bannie du royaume. Tous les projets qu’elle avait menés à bien, tous les travaux politiques qu’elle avait accomplis, tous les changements qu’elle avait instaurés et tous les textes qu’elle avait abrogés, modifiés ou édictés, furent supprimés des registres de lois ; en fin de compte, toute trace de ses dix années de règne fut effacée.

C’était comme si elle n’avait tout bonnement jamais existé.

Sa mère reprit la régence, naturellement. L’ensemble du Conseil s’accorda à voter son retour, puisque c’était elle qui avait la meilleure expérience en la matière, ayant déjà été affecté à cette tâche lorsque Nekheb n’était encore qu’une enfant. A ceci près qu’à l’époque, la Matriarche de la Maison de la Justice concevait effectivement ce devoir comme relevant plus de l’injonction que de la prérogative.

Nekheb endurait avec difficulté la condamnation de son amour. Sa raison vacillait entre l’envie de disparaître et celui de faire exploser sa colère. L’idée du suicide flirta plusieurs fois avec sa volonté, mais son courroux demeura plus intense que son désespoir. Quand à laisser parler sa rage au nom de la vengeance et de la justice, elle n’avait à ce moment-là aucun moyen de le faire, enfermée qu’elle était dans les cachots sordides où elle attendit pendant plusieurs jours l’heure de son jugement.

Car son bannissement ne constituerait que l’aboutissement de sa peine.

De souveraine absolue d’Orobolan, elle deviendrait une moins que rien. Mais il restait au Conseil à régler le problème de sa disparition : en tant que reine, elle jouissait d’une immunité diplomatique qui lui garantissait d’avoir la vie sauve. En revanche, elle devait disparaître en tant que telle, ce qui demeurait un casse-tête pour les représentants des maisons nobles de Sourtha. Casse-tête qui fut vite résolu, grâce en soit rendue aux idées conjointes de sa propre mère avec celles d’un certain nécromant : si la souveraine était déchue et privée à jamais de ses fonctions, elle ne devrait pas pouvoir être reconnue par qui que ce soit.

Et le moyen de concilier sa survivance avec son éviction fut prononcé.

Nekheb serait défigurée.

Ainsi fut-il décidé.

Ainsi fut-il accompli.

Nekheb était attachée, pieds et poings liés, son corps offert à l’exécuteur sur l’autel de la justice.

De là où elle se tenait, elle pouvait apercevoir le temple, et la fenêtre de la chambre dans laquelle elle avait grandi. Sa poupée se trouvait-elle toujours là-bas, abandonnée et prenant la poussière sur une étagère oubliée ? Qu’il était étrange de se remémorer ses jeux d’enfants en ce moment si terrible… Elle balaya ces pensées, se concentrant sur le bourreau, qui s’approchait lentement d’elle, dans un silence absolu ; quelques Elios était bien entendu présents, même si l’exécution n’était pas rendue publique, mais aucun d’entre eux ne rompit le calme religieux imposé par la funeste cérémonie de sa peine.

L’exécuteur portait une cagoule qui dissimulait ses traits, cependant Nekheb le détailla sous toutes les coutures : lorsque l’heure de sa vengeance sonnerait, elle s’occuperait d’une façon ou d’une autre de celui qui l’aurait défigurée. C’était un homme de grande taille, aux épaules larges. En bonne observatrice, elle remarqua qu’il boitait un peu, traînant le pied à chacun de ses pas. Le récipient qu’il apportait était fermement tenu dans sa main gauche : c’était un gaucher. Tous ces détails étaient autant d’indices qui lui permettrait, un jour, de retrouver la trace du tortionnaire anonyme…

Autant d’indices en vérité inutiles, puisque le bourreau allait être mis hors de cause.

Mais cela, elle l’ignorait encore.

L’individu masqué s’arrêta près de la jeune femme, tandis qu’un crieur corpulent énumérait cérémonieusement les motifs de son accusation. Ironie du sort, Nekheb reconnut le gros bonhomme jadis si populairement théâtral, qui était venu annoncer, plus de douze ans auparavant, la mort de sa tante Anémis…

« Dame Nekheb, ancienne Reine de Sourtha et Souveraine d’Orobolan, fille de la Grande Prêtresse Caliope, Matriarche de la Maison de la Justice, vous avez trahi les lois établies et par là-même fait acte de félonie envers votre peuple, en rompant avec la tradition ancestrale. Vous vous êtes liée avec un serviteur, crime passible de la peine capitale. En conséquence de quoi, vous êtes condamnée à disparaître. Puisse votre vie prochaine vous apporter toutes les occasions de vous repentir et de faire acte de contrition. Confirmez-vous les motifs des accusations qui pèsent sur vous ? »

Nekheb garda le silence, fière de ne pas céder à ce qu’elle considérait comme étant une participation à la mascarade ridicule dont elle n’était rien de plus qu’un vulgaire pion.

Le crieur reprit :

« Aussi disparaîtrez-vous selon la sentence prononcée par le Conseil des hauts dignitaires de Sourtha. Vous serez par conséquent défigurée séance tenante par notre officier exécuteur. Vous pouvez à présent exprimer votre dernière volonté. »

La jeune femme commençait à trembler. Elle était arrivée jusqu’ici à vaincre sa peur, mais celle-ci s’emparait finalement d’elle, s’insinuant le long de ses nerfs en prenant petit à petit le contrôle de son corps ; elle ne parvenait plus à réprimer les frissons qui la secouaient, pas plus que les larmes qui montaient à ses yeux. Elle cligna plusieurs fois des paupières pour les chasser : elle tenait à assister à son propre calvaire jusqu’au bout, sans en rater une miette.

Cependant, elle continua de se murer dans le silence.

Le bourreau s’approcha encore, et elle pouvait maintenant sentir à quel point le sadique personnage était impatient de passer à l’acte.

Mais son désir ne devait jamais être satisfait.

L’exécuteur commença à lever le récipient contenant le liquide caustique, quand il fut interrompu par une voix ferme et décidée.

Dame Caliope venait d’intervenir. En tant que représentante de la Justice, la demande qu’elle formula ne pouvait être refusée :

« Il suffit. Je tiens à m’occuper personnellement du supplice. »

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Published by Richard Mesplède
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