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8 novembre 2016 2 08 /11 /novembre /2016 17:33

Quelques briques assemblées encore aujourd'hui, mais le pan du mur du chapitre en cours n'est toujours pas érigé. Je continue d'écrire un peu ce soir... mais je ne m'attarderai pas en digressions. Comme je vous l'ai promis hier, voici la deuxième partie de mon conte steampunk "La Reine de Cydonia".

 

 

En attendant vos commentaires, bonne lecture!

 

 

La Reine de Cydonia

2. Un scientifique et une fleuriste

 

           La fiancée de Kay s'appelait Gerda. Elle était fleuriste et travaillait dans une toute petite échoppe du centre-ville de Baltimore. Elle y vendait des fleurs naturelles, bien sûr, mais aussi des fleurs artificielles, sculptées délicatement dans différents matériaux, ainsi que des épices exotiques et des poupées mécaniques, des automates qu'elle fabriquait elle-même, car elle était aussi bricoleuse que son amoureux.

            Un jour, celui-ci vint la rejoindre à la boutique et, puisqu'il n'y avait pas de clients et qu'ils étaient seuls, il lui montra la paire de lunettes.

            — Je ne comprends pas, lui dit-elle. Ce sont des lunettes. Bien sûr, on dirait des lunettes d'aviateur, mais je ne vois pas ce qu'elles ont de si particulier.

            — Les verres sont des fragments de miroirs du grand télescope.

            — Celui que tu as cassé, et pour lequel tu as perdu ton travail ?

            Le ton de la jeune fleuriste était plein de remontrance. Gerda avait l'air très en colère ; elle détestait que Kay lui fasse perdre du temps ainsi : il n'y avait vraiment pas de quoi être fier d'avoir été licencié de l'académie !

            — Mets-les, tu verras...

            Elle acquiesça à contrecoeur et, un instant plus tard, les lunettes reposaient sur son petit nez.

            Elle s'exclama aussitôt, horrifiée :

            — Mes fleurs ! Toutes fanées !

            Car ce qu'elle voyait à travers les verres ensorcelés étaient l'avenir des plantes dont elle s'occupait, et qui finiraient bien par être victime du temps qui passe.

            Gerda tourna alors la tête vers Kay et découvrit que le jeune homme avait disparu. Un tas d'ossements gisait au sol. Comprenant qu'il s'agissait de son bien-aimé, la fleuriste se mit à hurler et tomba en pâmoison.

            Kay la réveilla doucement, lui apporta un verre d'eau et prit soin de ranger les lunettes : il regrettait d'avoir fait peur à la jeune femme mais il avait besoin de partager sa découverte avec quelqu'un, et elle seule lui prêtait encore attention depuis qu'il ne travaillait plus.

            — Ces lunettes dévoilent le futur, Gerda. Ce que tu as vu, c'est l'avenir des fleurs. Ce n'est pas la réalité. Ce n'est pas aujourd'hui, tu comprends ?

            La fleuriste comprenait. Mais, très troublée par la vision qu'elle avait eu de Kay, réduit à l'état de squelette, elle fondit en larmes :

            — Je ne permettrai pas qu'il t'arrive du mal, Kay. Je me battrais s'il le faut, pour toi.

            Cela fit sourire Kay, car c'était bien connu, les dames ne se battaient pas !

            — Ce que je ne comprends pas, lui expliqua-t-il enfin, c'est que nous utilisions ces miroirs dans le télescope... Cela signifie que tout ce que nous observions à travers lui n'était qu'une image de l'avenir...

            Il avait compris que l'image que l'appareil lui avait donnée de la Lune était erronée. Ainsi, tous les scientifiques du Gun Club étaient-ils persuadés que l'astre était vide, mort, et couvert de poussière.

            — On a voulu nous faire croire qu'il n'y a rien là-haut, mais c'est faux ! s'exclama-t-il. Je dois le dire aux autres scientifiques !

            Et Kay, après avoir embrassé sa bien-aimée, disparut en un éclair dans les rues de la ville.

 

* * *

            Kay courut à perdre haleine, bousculant les passants en bredouillant des excuses confuses, ne prêtant nulle attention aux chevaux et aux véhicules à vapeur qui circulaient le long des avenues.

            Il était presque arrivé à l'académie militaire d'astronomie lorsqu'un carrosse de métal peint en blanc, tiré par deux chevaux mécaniques, déboula à grande vitesse et le percuta de plein fouet.

            Le jeune homme se releva une dizaine de mètres plus loin, à moitié sonné. Par miracle il n'avait rien de cassé, et sa main droite était toujours serrée sur la paire de lunettes télescopiques.

            En colère, il s'approcha du carrosse et héla son conducteur, qui était vêtu d'un grand manteau de fourrure immaculé et dont les yeux étaient comme deux étoiles dans les ombres de sa capuche. :

            — Eh ! Vous, là ! Ça ne va pas, non ? Vous auriez pu me tuer !

            Alors son interlocuteur abaissa la capuche de son manteau et il vit qu'il s'agissait d'une femme à la peau blanche, aux cheveux blancs et aux yeux bleu glace. Son front était ceint d'un diadème d'argent et ses doigts ornés de bagues scintillantes. Elle était magnifique : c'était sans doute la plus belle dame que Kay ait jamais contemplée.

            — Je vous prie de me pardonner, lui répondit-elle humblement d'une voix claire comme du cristal. Je ne vous avais pas vue. Où alliez-vous, si vite ?

            — Je me rends au Gun Club pour affaire urgente.

            — En ce cas, pour me faire pardonner et pour compenser le désagrément, je vous propose de vous y accompagner. Montez donc, s'il vous plaît !

            Kay hésita une seconde ou deux, puis se dit que, finalement, il arriverait plus vite à l'académie en se faisant déposer par la belle.

            Mais dès qu'il se fut installé dans l'habitacle luxueux du carrosse la conductrice actionna un levier et, soudain, deux ailes de métal se déployèrent sur le dos de chaque cheval mécanique.

            Un instant plus tard le véhicule s'envolait dans les airs !

            Le jeune homme écarquilla les yeux de surprise puis de peur. Il cria à l'adresse de la femme :

            — Redescendez-moi tout de suite ! Je préfère y aller à pieds !

            — Il est trop tard, mon ami. Je te conseille de t'accrocher, ça risque de secouer un peu !

            Et elle éclata d'un rire pareil au bruit d'un miroir que l'on brise...

            Kay, mortifié, s'agrippa tant bien que mal à son siège et se risqua à jeter un coup d'oeil par la fenêtre.

            Ce qu'il découvrit alors le terrifia encore plus, si c'était possible : le carrosse survolait la ville à une vitesse vertigineuse. Il plana ensuite au-dessus d'une forêt, de plus en plus haut, et poursuivit sa course ascensionnelle au-dessus de l'océan.

            Kay comprit qu'il venait d'être enlevé.

            Comme l'air devenait de plus en plus froid, il ferma la fenêtre et se roula en boule sur la banquette.

            Le carrosse mit le cap sur la Lune.

à suivre...

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Published by Richard Mesplède
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