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15 novembre 2014 6 15 /11 /novembre /2014 09:12
Les auteurs de SFFFH francophones ont du talent (3)

"Sourtha" est le premier tome du cycle "Voyages en Orobolan", d'après le conte et l'univers de Mestr Tom. Dans le cadre de l'opération "les auteurs de SFFFH français ont du talent" je vous en ai déjà proposé ici deux extraits. En voici un troisième! Bonne lecture!

Réunis dans l’une des immenses cavernes de la dragonnerie centrale, quinze aspirants observaient les créatures ophidiennes et gémissantes qui rampaient au centre du gigantesque nid, se vautrant dans une fange malodorante et qui semblait être constituée d’une sorte de graisse gluante sur la surface de laquelle naissaient, dansaient, et mourraient d’innombrables et insaisissables feux-follets.

Les dragonnets venaient des montagnes glacées du continent sacré, et avaient été sélectionnés et amenés jusqu’ici par les plus grands maîtres, dont faisait partie le père de Tholl.

Aux côtés du jeune homme, se tenaient ses camarades, chevaucheurs et aspirants, tout comme lui, et bientôt apprentis dresseurs… Tid était le plus petit d’entre eux. Même s’ils avaient tous le même âge lors de la Cérémonie du Choix, qui marquait le début du cycle d’apprentissage, Tid demeurait le plus frêle : les autres le dépassaient tous d’une bonne tête. Sigmull, lui, était le plus fort, et rêvait de fonder un jour sa propre dragonnerie. Quant à Borr et Snorri, les deux jumeaux, ils n’avaient qu’une hâte : repartir de là avec les bêtes les plus terrifiantes !

Un par un, les enfants choisirent leurs dragons, selon un protocole ritualisé et très religieusement arbitré par trois maîtres ; dans un coin, penché scrupuleusement sur ses tablettes de cire, un scribe compulsait chaque parole, chaque réaction d’enfant ou de reptile, dans le but obscur de tenir à jour des archives dont la raison d’exister surpassait l’imagination des adolescents…

Tholl ne prêta pas attention aux préférences des garçons qu’il ne fréquentait pas. Quant à ses camarades, à la compagnie desquels, il fallait l’avouer, il préférait celle de la douce et peste Elenia, ainsi que celle de la petite Mogdolan, ce fut d’un œil distrait qu’il suivit leur sélection. Car, en ce qui le concernait, il avait déjà fait son choix à l’instant même où il était entré dans la caverne. Son regard avait alors été attiré par la créature qui allait devenir sa monture, son ami, et bien plus encore…

Tid opta pour un dragonnet au long cou et à la carapace vert sombre. Sa crête pointue lui donnait un air menaçant ; nul doute que la courte taille de Tid serait compensée par l’allure hautaine de cet animal ! Sigmull, lui, choisit un petit dragon court sur pattes, et large de corps. Sa tête semblait se fondre avec son abdomen, ce qui lui conférait l’aspect d’un crapaud… Sauf que ses écailles étaient d’un rouge flamboyant, et que ses yeux n’étaient pas globuleux, mais semblables à des entailles à l’intérieur desquelles on devinait l’éclat de braises ardentes.

Les jumeaux sélectionnèrent deux bêtes couleur de nuit ; les dragons noirs étaient les plus forts au combat, c’était bien connu, et Borr et Snorri ne brillaient pas par leur finesse d’esprit…

« Tholl ! »

C’était l’un des maîtres dresseurs, qui nommait un à un les aspirants au fur et à mesure que ceux-ci effectuaient leur choix.

Le tour de Tholl était venu.

« Regarde le noir, au fond, avec sa crête et ses moustaches bleues ! », chuchota Tid à son intention. D’autres conseils ne tardèrent pas à lui être donnés par ses camarades,, tel que « Tu devrais prendre le violet, il a les ailes larges et de grandes griffes », ou encore « le gros, à droite, personne ne l’a encore choisi, pourtant il a l’air très fort ! »

Mais Tholl ne les écoutait pas.

« Le petit blanc, là », dit-il simplement en désignant le dragonnet couleur de neige qu’il n’avait pas quitté du regard depuis son entrée. D’ailleurs, la créature le fixait aussi, et ses grands yeux rouges brillaient comme deux rubis enchâssés dans la tête fine et élégante, tandis qu’elle détaillait l'aspect physique de l’adolescent à qui elle serait désormais lié.

Tholl avait déjà la carrure d’un homme. Son visage était anguleux, tout comme celui de son père, mais ses yeux rieurs et plein de douceur contrastaient avec la dureté de ses traits. Des cheveux mi-longs et roux – peut-être ceux de sa mère – encadraient péniblement sa figure, comme garnis de nombreux épis, ce qui lui conférait un air à la fois naturel et farouche. Oui, cet enfant plaisait au petit dragon blanc.

Aussitôt son choix effectué, Tholl dut supporter les brimades de ses camarades :

« Tu plaisantes ? Tu ne vas tout de même pas choisir cet asticot !

- C’est le plus faible ! Si ça se trouve, il est même malade !

- Les dragons blancs sont bons pour les coursiers, pas pour les dresseurs !

- C’est un dragon pour les filles ! »

Mais Tholl resta de marbre, le regard rivé à celui du dragonnet. Ce dernier inclina la tête, comme en signe de reconnaissance.

Le cœur de Tholl fit un bond dans sa poitrine.

D’une façon ou d’une autre, et il en était persuadé sans pouvoir se l’expliquer autrement que par cet étrange sentiment qui s’emparait de lui, ce dragon lui était destiné.

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8 novembre 2014 6 08 /11 /novembre /2014 16:01
Les auteurs de SFFFH français ont du talent (2)

"Sourtha" est le premier tome du cycle "Voyages en Orobolan", d'après le conte et l'univers de Mestr Tom. Dans le cadre de l'opération "les auteurs de SFFFH français ont du talent" je vous en ai déjà proposé un extrait le 1er novembre. Comme promis, en voici un deuxième... N'hésitez pas à le commenter!

Le niveau dévolu aux expériences des savants qui travaillaient à la conception de nouvelles entités connus par le commun des Elios et des Belladones sous l’appellation de « monstres » était constitué d’une grande salle garnie de multiples étagères qui croulaient sous le poids d’une collection mirifique de fioles, d’alambics, de cornues, d’éprouvettes et de bocaux étiquetés selon un classement de prime abord incohérent. Les produits qu’ils contenaient étaient innombrables. Des liquides de toutes les teintes remplissaient les flacons ; parfois, ces couleurs étaient inconnues des jeunes gens, qui se trouvèrent mal à l’aise devant de telles aberrations chromatiques. Elénia frissonna lorsqu’elle découvrit les serpents que renfermaient un pot en verre. Elle adorait quasiment toutes les créatures du règne animal, mais les ophidiens l’effrayaient terriblement.

Au centre la pièce, se dressaient deux énormes bureaux aux allures improbables. Taillés dans des blocs de ce qui semblait être un alliage de cristal et de métal, ils paraissaient conçus pour des êtres différents des habitants de Sourtha. Peut-être en raison de leurs dimensions. Peut-être en raison de leurs angles. C’était difficile à dire, surtout pour des enfants. Sur l’un d’eux, étaient disposés plusieurs fioles, un chaudron et des cornues. Le deuxième, qui était finement ciselé et laissait entrevoir par endroit des sortes de géodes enchâssées au sein de sa masse, supportait une pile de parchemins apparemment bien classés.

Elénia entreprit de chercher dans les manuscrits une recette permettant de créer un monstre, sans succès.

Mogdolan et Tholl, eux, passèrent en revue les étagères, et découvrirent bien vite une alcôve qui faisait office de bibliothèque, ou bien de rangement pour des archives : de nombreux grimoires et autres documents calligraphiés y étaient consignés. Ils se mirent en quête de la fameuse formule.

En vain.

Au bout d’un long moment de recherche, des dizaines de papiers étaient éparpillés sur le sol, et quelques flacons avaient été brisés par inadvertance. Et les enfants n’avaient toujours rien trouvé.

« Cela fait des siècles que nous cherchons », déclara Tholl, découragé. « Le parchemin doit se trouver ailleurs.

- N’exagérons rien », le tempéra Elénia. « Cela fait seulement deux heures que nous sommes ici. Tu ne t’attendais tout de même pas à ce que nous le trouvions en claquant des doigts ?

- Deux heures… Ah bon ? Je pensais que l’aube allait se lever. C’est qu’il faudrait avoir quitté les lieux avant le lever du soleil, sans quoi les savants nous découvrirons. Et alors, nous risquons de sacrément nous faire réprimander !

- Nous avons encore du temps. Tiens ! Je crois que j’ai trouvé quelque chose. En tout cas c’est étrange…

- Etrange ? Tu veux dire, comme tout le reste de cette tour ? », la taquina-t-il. Qu’est-ce que tu as trouvé ?

- Regardez, ce dessin, là, on dirait qu’il représente une machine servant à transformer des monstres en fluides.

- Sauf que le flux magique est plutôt bleu-vert, et tu le sais aussi bien que moi ! », s’emporta Tholl, pris d’une impatience grandissante en considérant la gravure qui ornait le parchemin que lui tendait Elénia. « Ce fluide-là est noir !

- C’est certainement un nouveau produit, alors… et je n’ai aucune idée de sa raison d’être. En fait, je ne savais même pas que le fluide magique pouvait avoir une autre couleur que celle que j’ai étudié : le turquoize.

Pendant ce temps, Mogdolan, que tout ce qui concernait les monstres effrayait, de près ou de loin, retourna vers l’alcôve. Et pendant que les deux adolescents continuaient de philosopher sur la couleur que doit avoir un fluide afin de donner la vie à une créature dont, au fond, ils n’avaient aucune idée précise, tout en haussant le ton, à la limite de la querelle, la petite fille trouva quelque chose…

Elle revint vers eux, un sourire malicieux au coin des lèvres et un parchemin à la main.

Tholl la houspilla :

« Mogdie, nom de nom, ne prends pas un parchemin ainsi, si on ne le remet pas exactement à sa place, ça ira mal pour nous !

- Oui, mais je crois que c’est la recette… et puis de toute façon il va falloir ranger tout ça », ajouta-t-elle en désignant le capharnaüm dont ils étaient responsables. « Vous avez mis des papiers partout. »

Tholl prit le document qu’elle lui tendait. Il s’agissait d’une vieille feuille, apparemment arrachée d’un livre si l’on en jugeait pas le côté dentelé qui en délimitait la longueur. Des écritures en pattes de mouches encadraient un dessin complexe, qui représentaient différents objets.

Le jeune homme, qui avait déjà assisté à quelques préparations de philtres confectionnés par son père, opina du chef. Il n’avait strictement aucune idée de la pertinence de cette formule, mais refusait de rester plus longtemps dans cette satanée tour. Et puis il savait une chose : c’est qu’il était tout à fait capable de réaliser la recette décrite dans ce parchemin. Il était temps d’en finir avec cette sortie nocturne. Ils avaient pris des risques en venant jusqu’ici, mais il ne souhaitait pas en prendre plus en se faisant surprendre lorsque les savants reviendraient à leur poste de travail. Le courroux de son père serait terrible s’il apprenait son escapade nocturne !

Alors Tholl alluma un feu sous le chaudron, sous le regard amoureux de Mogdolan qui était émerveillée de le voir créer des flammeroles à l’aide des courants magiques. Après quoi, tandis qu’il récitait quelque formule visant à alimenter les flammes, il chargea les filles de rassembler tous les ingrédients nécessaires. Elles s’acquittèrent consciencieusement de cette tâche, et rassemblèrent toute la matière première requise, grâce en soit rendue à l’étiquetage scrupuleux de chacun des récipients rangés sur les étagères, et à leur classement intelligemment pensé.

Au fur et à mesure que Mogdolan et Elénia apportaient les ingrédients, Tholl les versait dans le chaudron, et répétait encore la litanie qui permettait d’alimenter les flammes magiques nécessaire à la cuisson du savant mélange, sans aide de comburant et surtout sans crainte de laisser quelque trace, fut-elle olfactive ou visible. En effet, l’usage de la magie du feu garantissait une absence de fumée, puisque Tholl n’utilisait pas de bois comme combustible, et ne laisserait par là-même pas la moindre cendre dans l’atelier.

L’aube approchait, mais la longue liste d’ingrédients requis était presque complète.

« Voyons… », déclara Elénia en vérifiant la liste des composants. « Nous avons trouvé les ailes de corbeau, la poudre de crâne, les fleurs de moutarde… Il ne manque plus que le feu divin ! »

« Ca ressemble à quoi, le feu divin ? », demanda Mogdolan, que la curiosité et l’impatience maintenaient toujours éveillée et alerte.

« Nous n’allons pas tarder à le savoir », lui répondit tout de go Elénia. Elle venait en effet de découvrir un petit coffret d’argent dont le couvercle était estampillé d’une combinaison de glyphes dont la traduction ne pouvait être que « Feu divin ».

Elle ouvrit la boîte. Au fond de celle-ci, ne restait qu’une unique fiole minuscule, contenant un liquide rougeoyant, mais qui ne semblait dégager aucune chaleur.

« Il n’en reste qu’un seul. Cela signifie que si on l’utilise, cela se verra… », déclara la jeune prêtresse.

« Oui, tu as raison », répondit Tholl, à la fois inquiet et exaspéré d’avoir fait tout ça pour arrêter si prêt du but.

« Mais je n’aurai pas de grand frère, alors ? », gémit Mogdolan.

« Si », lui répondit Tholl d’un ton grave. « Tu auras un grand frère, mais tu auras également une belle punition. Et nous aussi ! Nous avons fait une grosse bêtise en venant ici. A présent, il faut se dépêcher, l’aube approche, et Abadon, le Patriarche de la Tour risque de revenir d’un moment à l’autre, sans compter tous les savants qui travaillent ici et qui ne vont pas tarder, eux aussi, à rappliquer…

- Oui », renchérit Elénia, « Nous allons devoir nous hâter de tout remettre en place, avant de partir. Désolé, Mogdie, mais là, c’est trop dangereux. »

Mogdolan foudroya du regard le fluide rougeâtre au fond du coffret :

« Mais… Si on en prend juste un petit peu ? La recette, elle est sûrement pour un très grand frère ? Moi, je veux juste un grand frère… pas trop grand. »

Désarçonnée par cette insistante et suppliante demande, Elénia dévisagea Tholl, cherchant du soutien, car elle ne savait plus que répondre à Mogdolan.

Tholl, lui, regardait Mogdolan, dubitatif et tiraillé entre son désir de quitter les lieux au plus vite et celui de lui faire plaisir. Finalement, il opta pour un compromis :

« Bon, Elénia, verse juste quelques gouttes de feu divin dans le chaudron. Fais attention à ne pas en faire tomber à côté… Voilà. Tu auras un petit frère, Mogdie. On le fera grandir plus tard… »

Elénia venait à peine de s’exécuter lorsque une secousse relativement violente ébranla la tour, faisant trembler les récipients rangés sur les étagères ; la moitié d’entre eux glissèrent et se brisèrent au sol avec un fracas épouvantable. On eut dit qu’un séisme venait de secouer l’édifice jusque dans ses fondations. Les enfants crurent leur dernière heure venue. La jeune prêtresse s’empressa de refermer le coffret et le rangea là où ses amis l’avaient déniché. Mogdolan était terrifiée, et se mit à pleurer à chaudes larmes. Tholl la prit dans sa bras, mais lui même n’était pas rassuré du tout.

Enfin, la vibration s’arrêta.

Tholl regarda à l’intérieur du chaudron, convaincu que le phénomène dont ils venaient de faire la cuisante expérience était lié, d’une façon ou d’une autre, à leur imprudence.

Le chaudron était vide.

Quelques traces noires, laissées par les braises du feu magique, avaient marqué le revêtement du bureau : de toute évidence, le jeune homme ne maîtrisait pas parfaitement la magie du feu…

Tholl restait interdit devant l’ampleur des dégâts. Mogdolan regardait de gauche et de droite, inquiète. Au sol, son regard se fixa avec incrédulité sur des ailes de chauve-souris qui nageaient dans une soupe composée du contenu de plusieurs bocaux, en compagnie d’une demi-douzaine d’yeux de tritons et de quelques queues de sprolgs. Quant à Elénia, elle fut rassurée par le fait que, visiblement, aucun récipient contenant des serpents ne s’était brisé.

« Alors ? Où il est, mon frère ? », demanda Mogdolan.

« Mogdie », répondit Tholl d’une voix désolé, « je crains que nous n’ayons fait une grosse bourde. Le tremblement de terre a presque tout détruit ici, et les autres étages ont certainement eux aussi subis des dégâts… Et toi, tu continues de quémander ton frère…

- Oui. Il est où ? Où est mon frère ?

- Elle a raison », déclara Elénia à Tholl d’une voix tragique. « Après ce que nous venons de faire, nous risquons de bientôt nous retrouver enfermés entre les quatre planches d’un cercueil. Autant que la petite soit avec son frère.

- Je ne suis pas petite. J’ai presque sept ans ! »

Tholl soupira profondément, et décida de prendre les choses en main :

« Bon. Si nous filons d’ici au plus vite, peut-être pouvons-nous encore espérer ne pas être pris », déclara-t-il.

« Où est mon frère ? », continua de pleurer la petite fille, désespérée.

Et, contre toute attente, une voix grave lui répondit :

« Je suis ici. »

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1 novembre 2014 6 01 /11 /novembre /2014 19:30
Les auteurs de SFFFH français ont du talent

Je vous en parlais il y a quelques jours. L'opération "Les auteurs de SFFFH français ont du talent" débute aujourd'hui. Je vous propose donc de découvrir un premier extrait de "Sourtha"...

Nekheb jouait à la poupée dans la cour du temple, sous la surveillance d’un eunuque armé d’une hallebarde.

La présence du garde n’avait aucune importance pour la fillette ; le vœu de silence qu’il avait prononcé, tout comme son stoïcisme, n’en faisaient rien de plus qu’une statue, un élément de décor aussi froid que les murs de pierre jalonnés de colonnes délimitant la place. La jeune Nekheb se sentait, une fois de plus, seule. N’ayant d’autre compagnie effective que la poupée de chiffon avec laquelle elle s’inventait des histoires, elle s’ennuya bien vite.

C’était une journée chaude et le soleil, haut dans le ciel, inondait la cour de ses rayons de feu ; la sueur perlait au front de la petite fille et la chaleur engourdissait ses sens, ajoutant encore, si c’était possible, à l’atmosphère lourde et pesante de sa solitude. Elle décida de retourner dans ses appartements sans en avertir le garde ni même lui lancer le moindre coup d’œil. L’eunuque la regarda s’en aller d’un air amusé ; après tout, il n’était là que pour la protéger lorsqu’elle quittait le temple et pour l’escorter quand elle se rendait à l’école.

La moiteur estivale s’était insinuée dans sa chambre, et bien qu’il y fit meilleur que dans la cour, Nekheb ôta sa robe et s’allongea, uniquement vêtue d’un pagne de soie, sur sa paillasse.

Le temps s’étira tandis que la fillette rêvait, à demi-endormie, laissant errer son imagination à travers les mondes merveilleux et ludiques dans lesquels seuls les enfants semblent avoir la faculté de se projeter.

Soudain, une trompette résonna dans les couloirs du palais.

Nekheb fut aussitôt tirée de sa rêverie ; la curiosité prenant le pas sur la sagesse – mais n’était-ce pas une autre condition toute enfantine – elle sauta de son lit et sortit de sa chambre, abandonnant sur les draps roulés en boule sa poupée de chiffon.

L’eunuque l’aperçut, naturellement, et entreprit de courir derrière elle afin de la rattraper : la petite était presque nue ! Une telle insouciance risquait fort de lui retomber dessus !

Les auteurs de SFFFH français ont du talent

Une étrange procession venait d’envahir la place principale du temple : une dizaine de personnes avait fait son entrée, et s’était disposée en ligne. Deux soldats brandissaient fièrement de longues trompes, sur les hampes desquelles pendaient des oriflammes colorés mais dénués d’armoiries ou de quelques broderies que ce soit. Un énorme tambour était harnaché à un troisième musicien. Près de lui se tenait un porte-étendard, lequel transpirait à grosses gouttes sous le poids de la bannière qu’il brandissait, et sur laquelle étaient cousus de nombreux symboles et écritures aux couleurs criardes. Ces dessins en encadraient un autre, plus grand, qui représentait le visage d’un homme dont la bouche était grande ouverte ; la figure d’héraldique, certes singulière, n’était pas inconnue de Nekheb : c’était celle du crieur public. Les suivants qui l’accompagnaient portaient différents matériels tels que bardas, outres, rouleaux de parchemin et autres babioles. Les colporteurs qui accompagnaient le crieur étaient des voyageurs confirmés, qui ne restaient jamais plus de deux jours au même endroit. La préceptrice de Nekheb lui avait expliqué un jour, avec toutes les métaphores dont la petite fille était friande, que ces gens-là n’avaient d’autre toit que la voûte étoilée, et que leur vie était pareille à celle des oiseaux migrateurs. Ils allaient et venaient à travers le monde, et se faisaient les porte-parole de tout le Royaume.

Le crieur lui-même se tenait au centre de ses accompagnateurs. C’était un homme à l’allure excentrique : son imposante silhouette était enveloppée d’une robe aussi ample qu’un drap de lit, teinte de couleurs criardes et ourlée de fioritures grossières. Ses mains étaient dissimulées dans de larges manches évasées qui se terminaient par des pointes lestées de grelots, à l’image des collerettes de bouffons, et un bonnet à longue capuche pointue pendait dans son dos. Ainsi, pas une seule partie de son corps n’était visible, hormis son visage ; totalement glabre et rond comme la lune, celui-ci était outrageusement maquillé. Les joues fardées de blanc, les paupières peintes de pourpre et la bouche démesurément agrandie par des lèvres roses de deux pouces d’épaisseur… Ce masque insolite et quelque peu inquiétant était celui du cri fait homme !

Les deux sonneurs portèrent à nouveau les becs de leurs trompes à leurs bouches, et poussèrent une longue plainte.

Les citoyens, qui avaient commencé à se rassembler de façon chaotique sur la place à la première sonnerie, semblèrent retrouver alors un semblant de calme. Les pavés, qui quelques heures plus tôt n’étaient inquiétés que des quelques pas effectués par une fillette et un eunuque, étaient à présent foulés par des centaines de personnes qui trépignaient de curiosité ; de là où elle se tenait, c’est à dire perchée sur le piédestal soutenant l’une des grandes colonnes encadrant la cour afin de voir par-dessus les têtes, Nekheb avait l’impression qu’aucun espace ne demeurait libre. La foule recouvrait chaque centimètre carré de la place, excepté l’espace vide qui entourait le crieur et sa suite, comme un cercle de protection. Les colporteurs étaient pareils à des pestiférés dont personne ne souhaitait s’approcher à plus de cinq ou six pieds.

Une jeune vestale, qui se dévissait littéralement le cou afin de ne pas rater une miette de ce divertissement inopiné qui venait d’interrompre le temps de prière, commentait ce qu’elle distinguait à ces consœurs de plus petite taille :

« C’est le crieur ! Pour qu’il se déplace jusqu’ici, dans l’enceinte du temple, la nouvelle qu’il apporte doit être très importante ! »

C’était effectivement le cas, comme tout un chacun s’en aperçut bien vite :

« Dames, damoiselles, messires. Chères prêtresses, chers prêtres », déclama le crieur avec une voix grave que soulignait un jeu théâtral inspirant la tragédie, « Sa Majesté le Roi Nabathan, huitième du nom, connu également sous celui du Valeureux, annonce en ce jour le décès de son épouse, la Reine Anémis. Un couvre-feu sera établi et tous les temples demeureront clos. De plus, aucune cérémonie religieuse n’aura lieu pendant les quatre jours de deuil. »

Une rumeur naquit dans la cohorte constituée de citoyens en pèlerinage, de prêtres, de gardes et autres badauds rassemblés sur la place. Elle enfla rapidement, jusqu’à devenir un incoercible brouhaha au travers duquel il fut difficile de percevoir la fin de la déclamation du crieur :

« Les représentants de l’ensemble des Maisons du Conseil assisteront au départ de la Reine pour la nécropole... » Le reste fut tout bonnement noyé dans le tumulte constitué de hurlements de détresse, de soupirs exagérés des dames tombant en pamoison, et des voix de prêtres et de gardes s’évertuant de maintenir le calme et intimant l’ordre de respecter le silence qu’exigeait la coutume lors d’une si triste nouvelle.

Nekheb avisa une domestique, tout près de sa position, et la héla.

« Est-ce que tante Anémis est morte ? », lui demanda-t-elle sans trop comprendre.

- Oui, lui fut-il répondu. Votre tante est morte. Mais ne restez pas là. Il faut vous habiller…

- Mais je veux voir ma mère…

- Vous ne pouvez pas la voir ainsi dévêtue ! »

L’eunuque qui était parti à la suite de la fillette réapparut à ce moment-là. Il balaya la foule du regard, tout en peinant pour reprendre son souffle. Finalement, il aperçut Nekheb. Il s’approcha lentement, ne sachant trop comment la convaincre de le suivre jusque dans ses quartiers… Sur un signe de tête salvateur et complice de la servante, il mena Nekheb par le bras, d’une main ferme mais non agressive. Naturellement, la domestique et lui-même seraient sévèrement punis s’ils laissaient la fille de la Matriarche de la Maison des Prêtres du Vent se montrer dans cette tenue. Et les circonstances ne se prêtaient absolument pas à ce genre d’écart.

Une heure plus tard, et non sans mal, la petite avait été ramenée dans ses appartements, ou cinq servantes l’avaient apprêtée en prenant une attention particulière à lui faire porter les marques du deuil ; les bracelets et le diadème funéraire, sculptés dans l’ébène et finement ouvragés, ornaient à présent les poignets et le front de l’enfant.

« Où est ma mère, maintenant ?

- La Matriarche s’est rendue au Palais, seule. La nouvelle de la mort de votre tante l’a profondément affectée. Vous ne pouvez pas la voir tout de suite. Soyez patiente ; elle sera probablement de retour dans la soirée. »

La réponse était loin de satisfaire Nekheb, qui bouda tout le reste de l’après-midi.

"Sourtha" est le premier tome du cycle "Voyages en Orobolan", d'après le conte et l'univers de Mestr Tom. Je vous en proposerai un deuxième extrait dans quelques jours...

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